Cet ouvrage retrace certes l'histoire d'un homme, Odilon Delimal, mais il enrichit aussi singulièrement nos connaissances tant sur le monde de la presse que sur les milieux du socialisme durant les années 1860 et ce en Belgique et en France.
Journaliste avant tout, polémiste, pas toujours de bonne foi, d'ailleurs, Odilon Delimal sans avoir médité les économistes, ne s'en affirmait pas moins en quelque sorte socialiste lorsqu'il écrivait dans son journal, L'Espiègle, en décembre 1868 :
« Le XIXe siècle a mis la question sociale à l'ordre du jour. Les ouvriers réclament une certaine somme de bien-être en échange d'une certaine somme de travail. Arriver à la suppression de la misère originelle, voilà le but vers lequel la société doit être dirigée. Tant qu'un gouvernement n'inscrira pas cette question en tête de son programme, les enfants du peuple, sortis de la plèbe comme nous, devront au prix de leur tranquillité, de leur repos, malgré les haines, la calomnie, les persécutions de tous genres, attaquer ce gouvernement dans tous ses représentants, le combattre par tous les moyens en leur pouvoir, par le journal, par les meetings et au besoin sur une barricade ».
Mais l'itinéraire de Delimal, qui se dit républicain, socialiste et athée, fait aussi surgir toute une série de questions qui, une fois éclairées, aident à pénétrer des aspects marquants de l'histoire du temps.
Le socialisme en Belgique, dans les années soixante, à une époque où les assises populaires lui faisaient encore défaut, a été animé notamment par quelques francs-tireurs de la presse : voici Delimal. La « petite presse », dans la Belgique du temps, a représenté un phénomène original, bruyant, politiquement important : voici Delimal. L'opposition à Napoléon III et au régime impérial est un des problèmes qui empoisonnent les relations entre Paris et Bruxelles : voici Delimal. Les procès de presse en cour d'assises comptent parmi les événements caractéristiques du temps, où les principes d'ordre et de liberté s'affrontent : voici Delimal. Un grand révolutionnaire comme Blanqui cherche à étendre son influence en Belgique : voici Delimal.
Enfin la Commune, avec tous ses bouillonnements et ses passions, éclate en France : encore une fois, Delimal est en scène.