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La démographie et la statistique appliquées à l'histoire

L'arbre de parenté

Une fois encore l'histoire urbaine amena Henri Pirenne à fixer son attention sur un autre ordre de recherches : la démographie historique. Les chiffres fantastiques attribués couramment à la population médiévale de Bruges, de Gand, d'Ypres, voire de Damme, manquaient de tout fondement ; on le savait. Mais combien il eût été important de déterminer au moins approximativement le nombre d'habitants de ces villes au moyen âge. L'esprit toujours en éveil de Pirenne s'empara du problème. La voie avait été ouverte en Allemagne par les travaux de J. Jastrow, de K. T. von Inama Sternegg et surtout par le livre de Karl Bûcher sur la population de Francfort-sur-le-Main. Avec une lucidité remarquable, Pirenne essaya de montrer ce qu'il y avait d'important parmi les résultats acquis, mais aussi quels étaient les problèmes qui restaient à résoudre, quels moyens il fallait mettre en œuvre dans ce but, de quels dangers il importait de se garder. Passant à l'étude des problèmes démographiques propres à l'histoire de Belgique, il indiquait les sources auxquelles on devait avoir recours et la manière de les utiliser. L'article qu'il consacra au sujet est le texte remanié d'une communication intitulée Les documents d'archives comme source de la démographie historique ; il fut publié dans les Actes du XIe Congrès international d'Hygiène et de Démographie (Bruxelles, 1903).

Les trois âges de la vie humaine

Il est très caractéristique de la manière de Pirenne que l'exposé traitant de la méthode ait été accompagné d'une étude consacrée à un cas concret. L'archiviste d'Ypres, Emile de Sagher, lui avait signalé que des dénombrements de la population yproise pour les années 1412, 1431, 1437, 1491 et 1506 reposaient dans les archives de cette ville. Pirenne les étudia et montra ce que l'on pouvait en tirer, non seulement pour établir le chiffre global de la population, mais pour éclairer plusieurs aspects de la structure sociale d'Ypres dans le passé. Ce travail parut sous le titre Les dénombrements de la population d'Ypres au XVe siècle, dans la Vierteljahrschrift fur Sozial- und Wirt-schaftsgeschichte de 1903. Une fois de plus Pirenne agissait en initiateur, il créait chez nous un domaine nouveau de la science historique. Celui-ci allait dans la suite être illustré par des amis de Pirenne, comme Joseph Cuvelier pour le Brabant, Jules Grob et Jules Vannérus pour le Luxembourg, ou par d'anciens élèves du maître, Joseph De Smet pour Bruges, Hans van Werveke pour Gand; les disciples de celui-ci se sont à leur tour attaqués à d'autres villes, comme Anvers.

A son étude sur les dénombrements d'Ypres, Pirenne avait donné pour sous-titre Contribution à la statistique sociale au moyen âge. Il savait que l'utilisation des méthodes statistiques pouvait, moyennant les adaptations nécessaires, fournir pour certaines périodes de l'histoire des notions précises, de nature à expliquer bien des phénomènes sociaux et économiques. Il ne se livra pas lui-même à des recherches originales dans ce domaine ; mais il utilisa dans ses travaux d'ensemble, les données mises en œuvre par d'autres érudits, particulièrement celles qu'avait réunies sur l'histoire des prix son collègue gantois et ami Hubert Van Houtte. Les recherches de cet ordre ont connu, depuis, un remarquable développement. Elles sont, aujourd'hui, poursuivies en plusieurs endroits ; elles le sont notamment à l'Université de Gand par Charles Verlinden, ancien élève de Pirenne et de Van Houtte, avec la collaboration de ses propres disciples.

Texte de GANSHOF François-Louis : "Pirenne, Henri", in Biographie nationale, Bruxelles, Emile Bruylant, t. 30, 1959, colonnes 700-702. Reproduit avec l'aimable autorisation de  l'Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique.

 

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Dernière mise à jour : 8 août 2006